Ségolène Royal : Discours du premier tour de l’élection présidentielle
Posté le 22 avril 2007
Français, Françaises mes chers compatriotes a vous qui m’avez apporté si nombreux vos suffrages, aujourd’hui, je vous exprime ma joie et ma profonde gratitude.
Un élan civique s’est levé, la très forte participation, que j’avais appelé de mes vœux, est là. Je mesure la responsabilité éminente et qui m’honore, que vous me confiez ce soir.
Je n’en tire aucune gloire personnelle, vous me donnez une responsabilité majeure, celle de porter le combat du changement pour que la France se relève.
Pour que la France se relève quelle retrouve son optimisme et qu’elle fasse le choix de l’audace et de la sérénité une nouvelle campagne s’ouvre. Dans 15 jours, la France va choisir son destin et son visage.
Je lance un appel a toutes celles et ceux qui veulent que la France fasse triompher la République du respect parce que nous savons qu’il n’y a pas de liberté sans justice, qu’il n’y a pas d’efficacité économique sans progrès social. Nous aurons le 6 mai prochain un choix clair entre 2 voix très différentes.
Et je tends la main a toutes celle et ceux qui pensent comme moi qu’il est non seulement possible mais urgent de quitter un système qui ne marche plus.
Mes chers compatriotes je vous invite à inventer une France neuve a la fois protectrice et dynamique, une France a la fois fraternelle et conquérante et qui permet à chacun de construire et de réussir sa vie.
J’appelle ce soir au rassemblement de toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans les valeurs du pacte présidentiel, et qui pensent que l’on peut réformer la France sans la brutaliser, qui veulent faire triompher toujours les valeurs humaines sur les valeurs boursières, qui veulent mettre fin aux insécurités et aux précarités qui se sont douloureusement creusées au cours de ces dernières années, qui veulent faire reculer toutes les formes de violence grâce a un ordre juste et à de nouvelles sécurités durables.
Je continue a faire le pari de l’intelligence des français et je refuse de cultiver les peurs. il s’agit de mettre la priorité sur l’éducation, de consolider les familles, d’épauler les plus fragiles et notamment nos anciens et les personnes en situation de handicap dont les conditions de vie se sont gravement détériorées au cours de ces cinq dernières années.
J’entends instaurer des règles justes dans la mondialisation, maintenir en France nos centres de décision et notre tissu industriel, refuser la régression sociale qu’entrainerait l’abandon à un libéralisme effréné.
Nous ferons de l’emploi tous ensemble notre combat principal et nous le gagnerons avec des entreprises performantes et conquérantes, qui respectent les salariés grâce à une démocratie sociale rénovée.
Je comprends la déception de toutes celles et ceux dont le ou la candidate n’est pas au second tour. Mais je voudrais leur dire ceci : Je serai la présidente garante d’un Etat impartial.
Car vous le savez, je suis une femme libre comme vous êtes un peuple libre
Je ne suis l’otage d’aucun clan, d’aucun groupe de pression, d’aucune puissance financière.
Nous sommes nombreux et nombreuses aujourd’hui, au delà de notre vote du premier tour, a ne pas vouloir d’une France dominée par la loi du plus fort ou du plus brutal, et verrouillée par les puissances de l’argent ou tous les pouvoirs sont concentrés entre peu de mains, toujours les mêmes.
Avec moi je vous propose de choisir une démocratie ou l’on respire librement avec un parlement qui délibère et contrôle, un gouvernement qui a des résultats et qui rend des comptes un Etat sans gaspillage une justice indépendante des médias pluralistes et des libertés publiques garanties.
Oui, je veux une république refondée et non garrotée un état exerçant une autorité juste et ferme des régions dynamiques des services publics modernisés et performants avec des citoyens libres, éduqués par notre école, conscients de leurs droits comme de leurs devoirs.
Si vous me confiez la charge de présidente de la république, j’aurais à cœur de défendre les intérêts de la France en Europe et dans le monde
Le patriotisme républicain trouvera tout son sens dans la construction d’une Europe socialement et économiquement redressée et capable de peser, dans un mode multipolaire.
Les Français seront appelés à se prononcer par référendum sur le nouveau traité européen, celui ci ne se fera pas à leur insu.
Cette Europe sera au service de la paix, elle œuvrera au dialogue des cultures au co-développement avec les pays du sud et à la préservation des équilibres de la vie sur la planète
Avec vous, je vais rendre à la France la fierté de son histoire qui renoue avec ses valeurs universelles car quand la France rencontre une grande idée, elles font ensemble le tour du monde.
Je veux une France qui renoue avec l’idéal de la République des lumières les droits de l’homme et de la femme et de la citoyenneté qui ont faire sa force et sa beauté. Venez hommes et femmes de France de tous âges, de tous milieux, de tous territoires et de toutes origines, venez ; forces vives de notre belle nation, venez, serrons-nous les coudes, ensemble nous allons rendre le sourire à notre pays. ensemble nous allons conjurer les mauvais démons de la déprime et du déclin.
Chers compatriotes rassemblons nous ce sont nos idées notre idéal qui vont gagner car elles sont au service de la France et des Français, de la paix civile et de l’harmonie sociale.
J’appelle toutes les énergies et l’espérance a se mettre en mouvement pour une France victorieuse, une France présidente, fière d’elle même pour que les Français s’aiment en elle.
Notre victoire est possible car l’audace et la générosité sont la c’est une question de volonté et de cohérence, je les ai. J’ai besoin de vous parce que la France a besoin de vous
Vive la république vive la France.
Ségolène Royal
Discours de Ségolène Royal à Paris (sous-titré)
Posté le 8 mars 2007
Ségolène Royal : discours de Paris [ST] – kewego
Ségolène Royal : discours du meeting de Paris
Version sous-titrée
Quand Ségolène s’interesse à la question du handicap…
Posté le 9 janvier 2007
1er Forum participatif régional « Handicap et Citoyenneté » 30 juin 2005 – La Rochelle
Intervention de Ségolène Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes
Merci, Monsieur le Premier Adjoint,pour vos paroles de bienvenue et pour l’hospitalité toujours chaleureuse que la Ville de La Rochelle réserve aux initiatives de la Région Poitou-Charentes.
Mesdames, Messieurs,
Chers collègues
élus régionaux et locaux que je vois ici en nombre,
Cher amis,
Je suis particulièrement heureuse d’ouvrir aujourd’hui ce 1er forum participatif régional que nous avons volontairement intitulé « Handicap et Citoyenneté » car c’est bien de cela qu’il s’agit : de citoyenneté, pas simplement formelle mais réelle, concrète, quotidienne. De notre appartenance conjointe, à égalité de droits, à un espace civique et social qui soit vraiment commun et non pas fragmenté, ostracisé, ghettoïsé par le préjugé et la discrimination. Comme dans cette affaire toute récente où des copropriétaires parisiens viennent de refuser la vente, dans leur immeuble, d’un local qui devait accueillir, pour de très courts séjours, 8 enfants autistes et deux éducateurs. Motif invoqué ? Le risque de dévalorisation du prix de l’immobilier… Rejet sans fard qui nous rappelle, s’il en était besoin, combien la vigilance et la mobilisation restent nécessaires à la protection du droit élémentaire de vivre ensemble.
Je me réjouis donc que vous soyez venus nombreux participer à cette première rencontre régionale :
- personnes en situation de handicap dont la vie est un combat permanent y compris pour les choses qui devraient aller de soi,
- parents que les difficultés pratiques assaillent et dont la solitude morale est parfois très grande,
- militants associatifs dont je salue l’engagement opiniâtre,
- responsables de structures et professionnels des secteurs public et privé dont les métiers ont tous à voir et à faire pour que handicap ne signifie plus mise à l’écart,
- élus de nos différents territoires qui savez bien, vous aussi, qu’une situation de handicap ne se réduit pas à une histoire individuelle mais nous pose à tous la question autrement dérangeante des interactions vécues avec un environnement souvent peu accueillant voire carrément rejetant.
Merci à tous et à toutes d’avoir répondu à notre appel car ce que j’attends de vos travaux va au-delà d’un état des lieux lucide et d’une écoute plus attentive de vos besoins : ce sont des pistes de travail et des propositions concrètes pour qu’avec votre aide et à vos côtés, la Région Poitou-Charentes renforce, dans les domaines de compétences qui sont les siens, une action qui me tient à coeur de longue date. Car ce n’est pas d’aujourd’hui que j’ai acquis cette conviction : une société, peut-être même une civilisation, se juge aussi à la façon dont elle sait ou ne sait pas faire vivre ensemble ceux que l’on dit valides et ceux qui, à tout âge, affrontent l’épreuve d’un handicap, temporaire ou permanent. Cette conviction-là a toujours été la mienne dans les différentes responsabilités qu’il m’a été donné d’exercer comme Ministre de l’Enseignement scolaire puis de la Famille et comme élue fière que le pays mellois accueille une Maison des Autistes.
Je me refuse, pour ma part, à parler de « personnes handicapées » car l’ombre portée du handicap sur une vie ne suffit jamais à définir une identité ou une personnalité, toutes choses autrement complexes que l’altération de telle ou telle faculté, si lourde soit-elle. Nombreux sont, de nos jours, celles et ceux qui refusent qu’on leur applique une appellation qu’ils ressentent comme stigmatisante et réductrice. Je pense à cette jeune femme, docteur en sciences de l’éducation, qui déclarait récemment : « je souhaite que l’on me regarde comme une femme qui a réussi ses études et pas comme une handicapée qui s’en est sortie ». Je pense aussi à cette jeune fille, citée dans une publication de l’UNAPEI, qui affirmait avec fermeté : « je ne suis pas handicapée, je suis trisomique ». Le mot même de « handicap » s’est, au fil du temps, chargé de connotations simplificatrices qui font parfois écran à une juste perception de l’extrême variété des situations vécues.
Notre combat, c’est celui pour l’égalité dans un espace équitablement partagé et réellement accessible à tous. Un espace englobant tous les domaines de la vie quotidienne, où la prise en compte des difficultés spécifiques liés au handicap fonde un véritable droit à compensation, où le refus des discriminations n’amoindrit pas les protections mais pousse à les adapter, au cas par cas, aux désirs légitimes d’autonomie et de réalisation de soi. Disons-le franchement : il reste à la France bien du chemin à parcourir pour respecter l’égale dignité de tous les siens et pour faire prévaloir sur l’oubli des uns et sur la solitude des autres ce que Gide appelait « le don de perpétuelle rencontre ». Certains de nos voisins européens font plus et mieux que nous : l’Europe concrète et solidaire que j’appelle de mes voeux devrait, dans le domaine du handicap comme dans d’autres, hâter cette égalisation par le haut qui est, pour moi, sa raison d’être.
Je ne vous cache pas ma tristesse que la loi de février 2005 ne témoigne pas d’une ambition à la mesure de l’enjeu. Elle comporte certes quelques progrès ponctuels toujours bons à prendre, comme la généralisation des Maisons départementales du Handicap dont j’avais, lorsque j’étais Ministre, lancé la création à titre expérimental. Mais les choix budgétaires sont l’épreuve de vérité des choix politiques et les grandes lois ne s’accommodent pas de petits moyens. S’étant lui-même rendu impécunieux, l’Etat renonce à assumer énergiquement les responsabilités légales qui sont les siennes et, pour le reste, s’en remet aux Départements, oubliant au passage qu’une politique par nature transversale suppose la mobilisation conjointe de toutes les collectivités territoriales, des communes et communautés de communes aux Régions, ainsi que de tous les acteurs socio-économiques. Comment, dans ces conditions, ne pas partager l’inquiétude qui s’est exprimée lors des Etats Généraux du Handicap en mai dernier ? Aucun des amendements au texte de loi présentés par le Conseil National Handicap n’a été retenu et cette instance n’est pas associée à la rédaction des quelques 80 décrets en préparation depuis plusieurs mois. La formation des professionnels, qui se sentent souvent si démunis, n’y est pas centrale et l’accès aux pratiques culturelles ou sportives guère abordé. Les recettes attendues du lundi de Pentecôte travaillé – 850 millions d’€ – devaient financer la création de places supplémentaires en institutions et un droit à compensation géré par la nouvelle Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie ; elles ne seront, on le sait aujourd’hui, pas au rendez-vous : l’Etat prendra-t-il à sa charge le manque à gagner d’une mesure impopulaire parce qu’imposant aux seuls salariés un effort de solidarité dissymétrique ? Je comprends la remarque désabusée du président de l’Association pour Adultes et Jeunes Handicapés : « un texte d’assistance et non de solidarité ». Et celle de l’UNAPEI pointant « le manque de moyens financiers et humains ».
Que peut et que doit, dans ce contexte, une Région comme la nôtre ? Pas tout, ce serait mentir, mais beaucoup si nous savons conjuguer nos efforts. Beaucoup, en effet, à condition de ne pas faire des handicaps un domaine à part mais une préoccupation systématiquement prise en compte dans l’ensemble de ses champs de compétences et, au-delà de ses missions légales, dans la mise en oeuvre des priorités voulues par ses élus. Pour que la vigilance collective du nouvel Exécutif régional ne risque pas de s’émousser au fil de la mandature, pour que nous ayons dans notre équipe un aiguillon permanent et exigeant, j’en ai officiellement confié l’attribution à l’une de nos Commissions Régionales. Et j’ai chargé Patrick Larible, son vice-président, d’une mission concernant les actions à mener par la Région Poitou-Charentes pour faciliter la vie de nos concitoyens et de nos jeunes en situation de handicap. Je souhaite que nous soyons également attentifs à toutes les formes de handicap – physique, sensoriel, psychique ou mental – et à l’extrême diversité des situations, individuelles et familiales, qui en résultent. Je souhaite également que nous prenions en compte toutes les dimensions de l’accessibilité qui ne se limite pas aux problèmes de mobilité réduite et de transports, certes très importants, mais concerne toutes les activités. Je souhaite que nous ne raisonnions pas seulement en termes d’intégration des personnes de tous âges en situation de handicap, au sens où l’on se bornerait à leur ménager une place à part, fût-ce aux côtés des autres, mais d’interaction véritable et d’ajustement réciproque des uns aux autres.
Je souhaite, en somme, que là où elle est seule à décider, la Région Poitou-Charentes soit exemplaire et que, partout où elle peut apporter une aide utile, elle soit une facilitatrice et une accompagnatrice efficace pour ses partenaires.
Et pour commencer : la Maison de la Région. Les travaux de mise en accessibilité pour les personnes à mobilité réduite ont été lancés. Nous disposerons bientôt, dans nos salles de réunion, d’équipements spécifiques comme les boucles magnétiques pour les personnes malentendantes. Je vous en donne la primeur : nous allons rendre notre site Internet accessible aux personnes malvoyantes. Nous avons également créé un service « Santé-Handicap » et, dans nos différentes directions, des référents « handicap » qui veillent à la prise en compte de cette dimension dans toutes les politiques régionales sectorielles. Reste à accueillir, parmi les personnels de la Région et à tous les niveaux de responsabilité, davantage de personnes que leur situation de handicap n’empêche nullement d’apporter leurs compétences. La situation que j’ai découverte à mon arrivée n’était pas brillante : moins de 2% de nos effectifs ! Lorsque j’étais Ministre, nous étions passés, dans la fonction publique, de 2% à près de 5%. Je sais donc, d’expérience, qu’il n’existe aucune fatalité en la matière.
Depuis un an, nous avons commencé à agir. Permettez-moi d’en dire quelques mots car ces actions témoignent d’un engagement que nous avons voulu initier dès le début de notre mandature. Je ne les tiens pas pour un point d’arrivée mais pour un point de départ, à enrichir avec vous.
Un domaine me tient tout particulièrement à coeur : celui de l’éducation et de l’intégration scolaire. Pour avoir, à l’Education nationale, créé le plan Handiscol et donné aux écoles maternelles instruction d’accueillir les enfants trisomiques, pour avoir ensuite, comme Ministre de la Famille, réservé le fonds d’investissement pour les crèches à celles accueillant des enfants atteints d’un handicap et créé 1.000 postes supplémentaires d’auxiliaires de vie scolaire, je peux vous avouer que j’ai été scandalisée que, durant le débat parlementaire de l’hiver dernier, des sénateurs osent dire d’enfants qui n’ont pas moins que les autres droit à une scolarisation et à une socialisation normales qu’ils « provoquent des troubles qui perturbent la communauté des élèves ». Comme si la présence dans une e d’un élève atteint d’un handicap ne pouvait pas être aussi une chance et un enrichissement pour tous les autres ! C’est pourquoi, dans le domaine de compétence qui est le sien (construire et rénover les lycées), la Région a réalisé et réalise, à l’occasion de chaque chantier, des travaux d’accessibilité des établissements et l’installation d’équipements adaptés, au cas par cas, aux besoins individuels.
Autre responsabilité régionale forte : la formation professionnelle, condition souvent déterminante de l’accès ou du retour à l’emploi des jeunes et des adultes en situation de handicap. Plus de 100 apprentis sont ainsi accueillis dans nos CFA, avec un accompagnement spécifique et en partenariat avec l’AGEFIPH. La Région entend également doubler en 5 ans le nombre de jeunes apprentis en situation de handicap, notamment à travers le Contrat d’Objectifs et de Moyens signé le 9 juin avec l’Etat et l’AGEFIPH. Nous avons également
intégré dans notre Plan Régional de Formation des mesures favorisant l’emploi des travailleurs en situation de handicap. Le contexte général de désengagement de l’Etat et les conditions financières inéquitables dans lesquelles s’effectue la décentralisation ne sont pas de nature à nous faciliter la tâche mais nous avons, dès le mois de février, réservé une tranche de 60 places dans des formations longues dont nous prenons en charge le coût en même temps que la rémunération des stagiaires. Faciliter l’accès à la formation des travailleurs, hommes et femmes, en situation de handicap, c’est à la fois les aider à pénétrer mieux armés sur le marché du travail, à se reconvertir en cas de besoin et à évoluer dans leur carrière. Je souhaite également que nous profitions du transfert par l’Etat à la Région, dans le cadre de la décentralisation, de responsabilités nouvelles en matière de formation des personnels paramédicaux et sociaux pour qu’ils soient mieux préparés à prendre en compte les questions relatives aux handicaps dans l’exercice de leurs métiers, qu’il s’agisse des infirmières, des aides-soignantes, des puéricultrices, des travailleurs sociaux, des éducateurs, bref de toutes les professions qui, dans ces secteurs, jouent un rôle déterminant dans l’accueil et l’accompagnement des personnes de tous âges en situation de handicap. Nous n’avons, dans ce domaine, pas toutes les cartes en main mais nous sommes bien décidés à peser en ce sens car je sais qu’il s’agit là d’une attente forte des personnes, de leurs familles et de leurs représentants.
Pour les Emplois Tremplins financés par la Région au bénéfice des associations ou lors de la création d’entreprises, nous venons, il y a tout juste 3 jours, de lever toute condition d’âge dès lors que ces emplois que nous subventionnons permettent le recrutement d’une personne en situation de handicap.
En matière de déplacements, la Région est compétente pour les Transports Express Régionaux. Sans attendre que la loi en fasse obligation, nous associons les représentants des associations de personnes en situation de handicap au Comité Régional des Transports. Notre plan de modernisation des gares TER inclue la mise en accessibilité de la ligne Poitiers-La Rochelle, axe sur lequel nous avons également décidé de financer intégralement la mise en service de 5 auto-motrices électriques équipées d’une palette dite « comble lacune » qui permet l’accès à la rame quand les trains ne sont pas à la bonne hauteur. Avec la Région voisine des Pays de la Loire, nous travaillons sur un projet d’accessibilité des autocars TER de la ligne Poitiers-Nantes. Voilà comment nous nous efforçons de mieux garantir le droit élémentaire d’aller et venir.
Dans le Schéma Régional du Tourisme que nous venons tout jute d’élaborer avec nos partenaires, nous avons tenu à ce que le handicap soit pris en compte dans toutes ses dimensions. Un exemple : le plan de mise en accessibilité des plages et des plans d’eau, l’aménagement des pontons de pêche, l’aide apportée aux clubs de loisirs pour qu’ils puissent acheter des fauteuils tous terrains.
Faciliter l’accès de tous à des activités culturelles et sportives de qualité est un choix des élus régionaux. Parce que vivre ensemble c’est aussi partager avec les autres les plaisirs du spectacle et de la pratique culturelle ou sportive. Le droit de se cultiver et de s’adonner aux sports de son choix doit donc être plus également garanti, en milieu rural comme en milieu urbain, avec ou sans handicap. C’est pourquoi nous avons décidé que tout bénéficiaire d’une subvention régionale dans le domaine culturel ou sportif devait développer au moins une action inscrite dans la durée en direction de publics ayant des difficultés pour accéder aux activités proposées et notamment des personnes en situation de handicap. La Région accompagne aussi la mise en accessibilité des équipements sportifs ainsi que des salles et lieux de spectacles. Elle aide également à l’acquisition de matériel dédié à la pratique handisport. Les sports d’eau, dont nous encourageons le développement, les piscines, dont nous allons aider la construction, l’aménagement sportif et de loisirs de nos cours d’eau, ces veines multiples qui sillonnent le territoire régional, toutes ces actions doivent intégrer le droit de tous les enfants à l’épanouissement sportif et la possibilité pour chacun d’y accéder, avec ou sans handicap. Enfin, les Contrats Régionaux de Territoire que nous signons avec les Pays et les Agglomérations comptent désormais, j’y ai tenu, un volet « Santé-Handicap-Familles-Adolescents ». Autant de moyens supplémentaires pour agir sur le terrain qui doivent permettre d’apporter des réponses très concrètes et au plus près des besoins.
Telles sont les premières décisions que nous avons prises dans les domaines de notre ressort et au-delà. Elles n’épuisent pas l’éventail du possible et du nécessaire. Pour aller plus loin, nous avons besoin de vous. La première raison de notre rencontre d’aujourd’hui, c’est que chacun se sente moins seul, qu’il soit personnellement en situation de handicap, parent directement concerné, professionnel ou responsable en position d’agir. J’ai appris à connaître ou du moins à comprendre le terrible sentiment de solitude, d’abandon et d’injustice qui peut étreindre un jeune, un adulte, sa famille, quand se ferment les portes qui devraient être largement ouvertes, quand l’indifférence, la négligence ou le rejet l’emportent sur l’accueil, l’échange et la solidarité. Quand on se sait capable de tant de choses et qu’on s’en trouve empêché malgré soi non par le handicap mais par l’idée que les autres s’en font et par l’inhospitalité du monde environnant. Je voudrais qu’à notre échelle, celle de la Région Poitou-Charentes, et là où, ensemble, nous pouvons peser, nous remettions les choses d’aplomb et la norme à sa juste place : ce qui n’est pas normal, c’est un établissement scolaire sans élève en situation de handicap, ce qui n’est pas normal, ce sont des collectifs de travail, des groupements sportifs, des lieux de loisirs et de culture, des moyens de transports et de communication seulement conçus pour les uns, fussent-ils majoritaires, et excluant les autres, fussent-ils minoritaires.
Comme le racontait avec humour ce jeune philosophe suisse auteur d’un beau livre intitulé « Eloge de la Faiblesse » et atteint d’une infirmité motrice d’origine cérébrale : « dans mon institution spécialisée, on m’avait dit que dehors vivaient les gens normaux et qu’ici, on s’occupait des anormaux. La première fois que je suis sorti, j’ai voulu savoir à quoi ressemblait une personne normale. Autant vous le dire : aujourd’hui, je cherche encore… ». Il en concluait qu’il préférait la singularité assumée par chacun, avec ou sans handicap, à la différence subie par quelques uns. Il demandait le respect non comme handicapé mais comme personne à part entière.
Notre société est paradoxale : à la fois normative, donc souvent conformiste et stigmatisante pour ceux qui ne cadrent pas en tous points avec le moule, et individualiste, donc souvent égoïste et enjoignant à chacun de trouver en lui-même (et parfois en lui seul) les ressorts et les ressources de sa performance obligée. Nous devons à la fois y combattre les représentations traditionnelles du handicap et y faciliter les conditions matérielles d’une vie digne. Pour y parvenir, nous avons besoin de joindre nos forces et de nous entraider. En partant d’un diagnostic partagé des difficultés vécues et des obstacles que nous pourrions lever. En écoutant les inquiétudes, les incertitudes, les impatiences légitimes et les aspirations, les réussites et les échecs de celles et ceux qui sont les premiers concernés. En regardant très précisément, très concrètement, comment agir plus juste, chacun dans son domaine et les uns avec les autres.
Je ne crois pas aux politiques concoctées dans le secret des bureaux. Les quelques initiatives que nous avons prises et dont je vous ai fait part sont le fruit d’un dialogue initié dès le début de notre mandature. La Région Poitou Charentes a choisi d’adopter.


